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Un p'tit tour de sacocherie

De Sicile en Asie centrale en vélo sacoche

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la terre promise est là.

Plutôt les montagnes espérées, sont là, à quelques coups de manivelles. Je me repose à Khorog, dernière ville avant le haut plateau du Pamir.
 

Voilà plus de 10 jours que j'ai quitté Samarkand. Je suis sorti de la ville avec de la fièvre, il faisait 42° à l'ombre, c'était dur... L'Ouzbékistan me laissera donc un souvenir pénible. Seule la partie Shakhrisabz (ville natale de Tamerlan)- Boysun - Denau m'a redonné un peu le sourire : la verdure est réapparue, les montagnes commencent à casser cette platitude écrasante, les gens ne me considèrent plus comme un dollar ambulant.
Le passage frontière s'est fait sans problème (j'avais tout de même quelques faux tickets d'enregistrement en poche au cas où le zèle policier tournerait en ma défaveur).
Il faut juste faire un peu de charme ;-).

 

 

derniers moments ouzbeks
derniers moments ouzbeks
derniers moments ouzbeks

derniers moments ouzbeks

La capitale Dushambe est vite là. Sur la route, j'aperçois un monument du communisme. A Turzunsade, il reste une des plus grosses production mondiale d'aluminium. Ces dizaines de cheminées semblent aujourd'hui à l'abandon, la route de Dushambe àcette usine est en pitieux état (une voie rapide à 2x2 voies en état de piste, où les camions et les voitures vous doublent si près, où les graviers giclent et rebondissent dans le cadre ; un sacré moment de solitude où l'on espère que la petite étoile brillera encore sur ces 50 kms)
Le Tadjikistan était pour Moscou spécialisé dans la fourniture de ce métal et représentait un lieu stratégique pour "peut-être avaler" l'Afghanistan. Ce pays souffre aujourd'hui de ce retrait soviétique. En passant la frontière, un tadjik me dit que l'Ouzébistan est bien mieux ; en discutant avec une famille elle nous dit regretter le temps de l'URSS car il y avait de l'emploi. Le Tadjikistan est devenu l'enfant pauvre de l'éclatement du bloc soviétique, cette pauvreté a été amplifiée par une guerre civile en 1990.
Les tadjiks sont peut-être plus pauvres que les kazakhs ou les ouzbeks et rêvent peut-être de travail à Moscou ou Almaty, mais ils possèdent cette richesse intérieure d'aide et d'hospitalité que leurs voisins semblent avoir perdu.

Enfin
Enfin

Sur la route, je rencontre Boris, le slovène qui roulait avec l'équipe du grand plateau. Boris est un sacochard atypique. Très peu chargé, ses 2 uniques sacoches sont ouvertes au premier caprice de la météo. Il voyage avec rien, sur un vélo acheté en Chine dont la chaîne a plus de 25 000 bornes. Il a roulé à peu près partout où maintenant il est impossible (ou très périlleux) d'aller : Tibet, Pakistan, Mauritannie, Irak.
On rattrape ensemble Greg et Cyrielle qui étaient en longue réflexion philosophique sur le fait de passer le premier col sous l'orage.

Et oui, tous les cyclos se retrouvent sur cet axe majeur. La Pamir Highway n'est pas une autoroute à camions mais une voie lente à vélos. Dans les villages traversés, les gens sont habitués aux 2 roues (peut-être plus d'une centaine durant la bonne période). Les enfants courent à nos côtés en nous tendant des mains, on se croirait dans le tour de France. Mais ici pas de dope ultra sophistiquée. Il est dur de trouver des carottes ou même des pâtes dans les gargotes : régime minceur en altitute obligatoire.

Ce col (
khaburabot pass 3252m) permet d'entrer dans la région autonome du Gorno Badakhshan que les locaux simplifient souvent en l'appelant Pamir. Ce premier col a failli nécessiter l'usage du masque de ski, mais seulement un faible grésil rapidement balayé par un grand ciel bleu, nous a effrayés. Ici le temps change vite, très vite ; les masses d'air humides provenant d'Ouzbékistan viennent taper dans les premiers 6000m. Il va falloir vite comprendre cette météo sans appeler Marie pour éviter de se faire piéger.

Enfin
Enfin
Enfin

 30 km de descente sur une piste boueuse, vertigineuse puis nous voilà à Kala-i-Khum.
 

En face l'Afghanistan, seulement à quelques mouvements de brasse à travers cette grosse rivière-frontière, le Panj.
Ca sera donc notre menu pendant 5 jours (jusqu'à Khorog). A notre gauche, des falaises à l'aplomb de la route nous empêchent de voir plus haut dans cette direction. A droite, ces villages traditionnels afghans qui semblent hors du temps. Construits en terre battue, ils sont parfois totalement enclavés. Un chemin tortueux à travers les falaises cassent parfois cette autarcie et relient 2 villages. C'est donc à notre droite que notre regard et notre attention se portent. Ce pays "maintenant interdit et dangereux" est là, à quelques mètres, et les gens nous saluent simplement au loin.
Le Tadjikistan possède 1300 kilomètres de frontière commune avec l'Afghanistan. Cette frontière est poreuse au traffic d'héroine et d'opium. La recherche occidentale de paradis artificiels est responsable sans le savoir du subventionnement des talibans : 90% de l'héroine
mondiale est produite en Afghanistan et une bonne partie transite par cette frontière. Cette vallée est donc hautement militarisée ce qui nous vaut des contrôles quotidiens (même au bivouac).

 

Enfin
Enfin
Enfin
Enfin

La pause à Khorog s'impose : je suis fatigué de ces 12 jours non stop. Mais le moral est au beau fixe dans ces montagnes tant attendues (ah oui une autre bonne nouvelle, je peux prolonger mon congé sabbatique). Il me faudra surement 10 jours pour traverser ce haut plateau et finir à Osh au Kirghizstan. Encore 2000 kilomètres avant Bishkek qui seront suivis du bonus non prévu de 3000 kilomètres pour faire le retour à travers les Balkans, la Slovénie, l'Autriche et l'arc alpin.

 

Les photos de cette épisode sont ici :https://goo.gl/photos/ibieng7jdAfHNau38

(elles ne reflètent pas complement la vie afghane dont nous avons pu "voler" quelques instants, ni l'immensite de ces massifs qui nous entourent
)

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