De Sicile en Asie centrale en vélo sacoche
9 Mai 2013
Ca y est après une dizaine de parties de solitaire et 2/3 boursicotages, mon viza azéri est prêt. Qui se plaint de l'administration française ?.
C'est bien vrai ce qui se raconte sur les forums. Le visa azéri s'obtient facilement à Batumi mais il faut rester patient et sourire de la situation.
Le consul est champion de solitaire sur PC et son fond d'écran est le cours du pétrole. Il nous a dit avec désinvolture : "revenez en début de mois, c'est plus facile". Pas manqué, on se pointe donc le 1er mai après 3 jours de repos dans une auberge de jeunesse (et espagnole aussi). On est un peu à l'heure mais on doit patienter... Les 2 exemplaires de demande de visa ne servent à rien, ils ne sont même pas lus, des photos traînent de partout sur le bureau. Le visa est fait en 10 min, preque illisible, on est en début de mois c'est normal...
"ON" c'est le groupe de frenchies dérouté de la voie normale de la route de la soie. Cyrielle et Greg (2 sacocheurs couchés de Hte Savoie et Beaujolais, un bon cru quoi !) et moi allons former un petit groupe qui roulera ensemble pour passer le col de Goderdzi (2025m). On sera rattrapés (effet Cha Cha, cf plus bas) par le couple de Polonais que j'avais rencontré en couchsurf à Trabzon.
Sur la route, à cinq, on ne passe pas incognitos (surtout les vélos couchés). Que de belles rencontres sur cette route si différente de celles empruntées en Turquie. Une famille nous accueille peu avant le col, un distilleur de Cha Cha nous "cueille" aussi avant le col.
des sacochards qui siestent toute la journée
Cette vallée me laissera un sacré souvenir. Un vert paturé omniprésent, une architecture en bois traditionnelle : une économie qui ne connait pas la crise. On cultive un peu, quelques vaches quelques poules, les gens nous sourient... Batumi était vraiment une exception.
On savait que le col passait car le couple de lyonnais au grand plateau nous avait passé le tuyau. Aujourd'hui c'est devenu tellement facile de voyager en vélo avec toute cette source d'infos qui circulent sur le net. Serge Leret n'avait pas tout ça il y a 20 ans : c'était un précurseur dans son tour mondial de sacocherie (son livre "tribulations d'un pédaleur errant" est une merveille à lire, http://serge.leret.free.fr/)
Il reste tout de même un peu de neige avant le col. Et surprise au sommet, une station de ski avec un unique télésiège. Ce dernier a monté 2500 skieurs / jour en 2012 mais le panneau ne dit pas comment sont montés jusqu'à là les monchus. En effet, l'accès au col se fait par une piste de 25 km sacrément défoncée. Notre moyenne a été de 5 km/h à la montée et 15 km/h à la descente. Juste avant la descente, on se fait encore cueillir à la cha cha. On comprend deux choses :
-le conducteur ne boit qu'un litre de vin, les passagers 0.5L de cha cha en 10min.
-le geste pour dire boire un peu est se faire claquer l'index sur la gorge. On traduit "viens te faire bruler le gosier".
Après ces 3 jours, le groupe se sépare (sûrement pour se retrouver à Baku). Je file devant car je veux passer du temps dans le Caucase (nord de Tbilissi). Je monte rapidement sur un plateau et là encore une surprise de taille. Une réelle steppe d'altitude (peut-être à 2000m, je ne sais pas) qu'il faut traverser sur 2 jours avec un fort vent de face. Cette immensité est troublante ; l'Arménie et la Turquie la bordent à droite, à gauche des "collines" volcaniques dominent à plus de 3000m. 2 grands lacs ponctuent cette traversée. Un caillassage m'a également troublé. Un jeune dans un petit vilage en frontière arménienne m'a sciemment lancé un caillou. Je ne devais pas être le bienvenu...
Après ce haut plateau, une descente comme on en rêve : presque plus de vent, 25 km sur un bitume "parfait", des pointes à 70km/h. Je me perds, enivré de vitesse (pas de Cha Cha d'altitude) dans un petit village, voulant traverser un parc national.
"Da, Da" et je montre ma carte à cet homme portant un bonnet géorgien, insistant sur la petite blanche qui traverse le parc. "Niet, niet velocipede" comme seule réponse encourageante. Effectivement cette route n'est qu'une piste qui doit faire à peine plus de 40 km pour traverser ce massif à plus de 2500m. Me voyant dépité (je devrai traverser Tbilissi puisque ce racourci était trop optimiste), il m'invite à manger. On est lundi de Pâques (religion orthodoxe) et je suis ensuite invité à la messe. Les poules et les moutons sont sacrifiés par les hommes à côté de l'église, les femmes prient à l'intérieur. Beaucoup de ferveur dans ce petit village maintenant rassemblé dans cette petite église...
Omari et Rusiko ont leur fille à Paris et dès qu'ils apprennent que je suis français il vont tout me donner. Ils vivent maintenant très pauvrement (pas d'eau courante, WC au fond du jardin, des vitres réparées avec de la bâche plastique) à cause d'un conflit qui a marqué la Géorgie. Ils habitaient dans la région Abkhazie, région devenue indépendante après un sanglant conflit en 1993 (http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_d'Abkhazie).
Il était ingénieur sous directeur d'une fabrique. Il est aujourd'hui chauffeur de taxi loin de ses racines. Elle était pianiste professionnelle, elle donne aujourd'hui quelques cours de musique aux enfants du village. Je ne comprends pas tout de ce mélange russo-géorgien, mais l'émotion est grande. Omari a une culture française qui m'a sidéré. Cet accueil m'a vraiment touché.
Tout au long de la route, je remarque les traces d'une économie circulaire. Tout est réparé, ré-utilisé. Tout semble hors du temps (de notre temps consumériste bien sûr) mais ça marche il faut juste ne pas avoir besoin du 112.
J'ai traversé, il y a 2 jours, Tbilissi ; un passage éclair pour passer plus de temps dans le Caucase.
Me voici aujourd'hui dans ses contreforts, une grande plaine à caractère viticole. Je me repose à Telavi 3 jours où je passerai du temps dans les vignes et dans ses villages de montagne au pied d'imposants 5000m.
Petite frayeur pour arriver ici, j'ai dû passer un col en empruntant une piste sur 50 km sous la pluie. Pneus slicks, argile et galets faisaient le tiercé gagnant. Beaucoup de frayeur.
Le 13 mai je passerai la frontière pour arriver à Baku le 19.
Toutes mes photos de la Géorgie (ainsi que celles de Greg et Cyrielle) sont dispos ici : https://goo.gl/photos/AHhbZCqukrHug5fh7